On avait tout préparé. Les oeufs durs, la bouteille de vin, la tarte salée et le grand pot avec des olives et quelques cornichons. On avait pris aussi les gilets pour le vent et la batterie de l'appareil photo rechargée de la veille. La couverture jaune où s'étendre par terre, les lunettes de soleil de toute la famille, des cartes à jouer pour le trajet en voiture, et même la vieille boussole pour avoir l'air d'un aventurier. Il y avait tout ça, bien emballé dans nos sacs de marcheurs, le plein fait dans la voiture, deux ou trois mauvaises blagues à sortir dès les copains retrouvés, et puis la liste un peu mélangée des nouvelles d'un lycée bébé maison jugement. On avait terminé de nouer nos premiers lacets, nos sacs en badoulière et les chaussettes bien remontées, lorsque la météo dans la radio a dit le risque de quelques gouttes. Et même le mot pluie prononcé du bout des lèvres. On est resté figés, à se regarder un instant. Puis on a tout déballé.