C'est une fois par an. C'était aujourd'hui. D'habitude aux premiers contreforts des Cévennes. Avec nos chaussures d'hiver, une bonne écharpe et quelques sacs en plastique. Mais cette année, c'est vers le plateau d'Albion que nous avons roulé, les petits sagement assis à regarder les premières neiges au massif des Alpes, les parents devant faisant et refaisant la liste de tout ce qui va bien, comme s'il était impossible de le réaliser vraiment. On a franchi Forcalquier et Banon. Et puis, au détour d'une départementale, on a vu un premier châtaignier. On n'a pas attendu le deuxième pour s'arrêter. Thomas a voulu enfiler ses moufles pour ne pas se piquer. Mathilde a trouvé une technique avec son pied. On devait en prendre quinze chacun. On n'a pas réussi à s'arrêter si tôt. Un peu plus loin un champ de lavande coupée nous attendait avec de la neige à son flanc, les premières boules d'hiver lancées avec des rires et des ricochés. Il faisait un soleil doux et tel un aiguillon, le sommet du Ventoux indiqua l'horloge à midi et le petit bistrot de St Trinit. La même véranda que ce dernier restaurant avec Papy Pascal, les petits parlent du grand-père et dévorent une assiette de tagliatelles et de champignons farcis. Moi je revois cette heure passée avec lui, assis tous les deux à l'avant de sa voiture, celle même qui nous a conduit aujourd'hui. Derrière le repas, le temps que les autres prennent un café, se mettre au calme et se reposer, moi tout contre sa voix, les petits enchaînant les descentes au grand toboggan, puis se poussant à tour de rôle sur la balançoire. On ne parle plus de guérir. Juste de repos et d'une belle journée. On est ensemble à regarder cette montagne de chênes verts, et les enfants qui courent au sommet de la cabane en bois. Prendre la voiture à nouveau. Le village d'Aurel immuable. Le parking au gravier, la rue de l'Ancienne Poste, une bise à de vieux voisins, et cet angle de maison bâtie à main de père. On marche jusqu'au cimetière, parce qu'en trente ans de vacances on n'a pas trouvé plus agréable balade. Les petits m'aident à remettre sur chaque tombe les vases, les chrysanthèmes et les plaques de marbre que le vent du week-end a fait tomber. L'une d'elle est cassée dans un angle. On s'applique à assembler les morceaux. Anne pendant ce temps, juste au pied des grands cyprès, a la voix de son père dans le téléphone. Dire que tout va bien. Que l'on ne saurait être plus heureux. Que maman et bébé à venir se portent à merveille. On reprend la route rousse vers le sud. Notre petit sac de châtaignes comme un butin de vie. Et c'est de doigts engourdis par les brûlures parfumées et la poêlée des écorces chaudes qu'il fallut tout à l'heure défaire que je tape cela, Anne ayant servi sur la table basse un thé maintenant refroidi, juste comme je la regarde au canapé du salon poser son livre pour s'assoupir près de moi.