La baie vitrée donne sur un village accroché à la pierre. Le vent a emporté les branches coupées dans le ravin en contrebas. Il reste deux chaises sur la terrasse et les premiers clapotis de la pluie qui picorent les flaques. A l'intérieur, les tomettes s'étirent de couleurs chaudes jusqu'au bois sombre d'une échelle de meunier. La table basse est ronde et large. Et il est une sorte d'amas de fils emmêlés posés dessus. Nous sommes assis autour, sur des fauteuils ou un canapé confortable. La pelote est immense. Avec chacun vers soi un morceau de fil. Prendre un bout. Et le regarder presque seul s'étirer lentement. Sans aller trop vite, évitant les noeuds. Sans aller trop fort qui pourraient casser. Le café dans la tasse est couvert de crème. Avec quelques croissants et des brioches au sucre. Tout cela vient contre une grande cheminée de pierre et le vol de planeurs au sommet des Ecrins. Il est des sentiments qui se disent bien mieux lorsqu'ils se laissent deviner. Dans l'étrange rencontre de deux étrangers. Dehors la pluie ne cesse de tomber par dessus un paysage englouti par le gris terne qui vient en contraste avec l'épaisseur chaude des regards, et des voix. Elles écoutent l'absence de bruit des fils qui se dénouent. La tiédeur ouatée de l'amas en flocons. Un moment encore. Juste au devant de moi, une table console minuscule, un meuble de frères avec deux tasses posées partage la douceur âpre d'un second café. Et des souvenirs à demi jaunis d'une pellicule épuisée.