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Un mot pour dire merci. 


Une année que nous sommes abrités par une petite maison nichée dans un revers ensoleillé de la colline de l'Arbois. Lorsque nous y sommes entrés, j'avais passé une nuit de tourment, me disant que nous avions fait une erreur, que la maison que nous venions d'acheter était bien trop petite, qu'une famille de cinq n'y entrerait pas...


On y a posé nos meubles, aidés pour cela par une armée de bras joyeux. Ils ont monté la bibliothèque dans l'angle du séjour près de la cheminée. Ils ont dit qu'elle allait bien dans ce coin. Puis, ne voyant au plafond rien pour les accueillir, ils ont posé au garage tous nos lustres dans un carton géant. Lequel n'a pas bougé depuis. Nos lumières viennent d'ailleurs, des coins de murs et des lampes sur table, celle des coloriages, les petits installés face au grand sous-main transparent, celle des activités du mercredi matin, phrases à copier de belles majuscules pour Thomas, poésies et tables pour Mathilde. Et puis des lumières qui viennent des matins autour de la table de notre petite cuisine, des bols de lait à la chaîne avant le départ à l'école, des tartines à la confiture de poire, celle faite par maman, qu'il n'en est jamais assez au fond du pot. Et puis aussi la lumière de la petite lampe de chevet en forme de ballons qui s'envolent, celle que l'on allume le soir comme on s'entasse sur le lit minuscule, têtes et jambes mêlées, pour lire une histoire d'avant la nuit, Anthony Brown ou Philippe Corentin, les baisers dans la chambre brune, les bonuit faisdeborêves jetaimefort... Moi aussi Papa...

 

Sur les murs des chambres des petits, on a mis un peu de peinture, de grandes armoires pour y ranger les jouets, nos pantalons, et les vieilles breloques qui serviront de lots pour les quines et les cartons pleins du loto de Noël. Et puis, pour être mieux encore, on a ouvert  le mur du salon, pour en faire un autre plus loin, un mur tout tordu comme il fallait le faire pour rester dans les limites du constructible,. Ou à peu près. Et que c'est là que se trouve désormais le grand lit des lectures sages et moins sages, le bureau de traduction, la bonnetière des chemises repassées et soigneusement pliées. Il y a l'aquarelle de Camilla sous le soleil des coquelicots. Il y a  celle de Jean, la campagne paisible d'un village qui s'ouvre comme une seconde fenêtre sur la colline de l'Arbois. Nos fenêtres ont de petits carreaux. Ce que tu voulais absolument. Ça et un jardin ! Comme je disais moi que nous serions bien dans un appartement confortable. Mais que tu ne voulais rien savoir. Un jardin ! Il nous fait un jardin ! Avec des haies à tailler, des cyprès si vieux qu'ils ont coûté le mois d'août pour les arracher un par un, les couper en bûches de flambées d'hiver, puis faire une longue tranchée, pelles et pioches heurtant la terre et les bouts de roche, pour planter des essences, eleagnus ebbingei, lauriers sauces, troènes panachés, nandina du Japon. Semer aussi un peu de gazon, passer le rouleau sous les bravos de Thomas, Dorian un peu plus loin découvrant, sur une couverture posée dans l'herbe, les papillons qui volettent et le goût d'une feuille de trèfle. Il y a deux sapins aussi. Vieux et tordus. A l'une des branches une mangeoire à graines pour l'hiver. Les moineaux la disputent à Madame la Très Grande Pie. Et même Korny, notre petit écureuil de Montpellier, est venu jusqu'ici ! Petite maison. D'une famille réunie. On s'y tient chaud lorsque le Mistral de décembre se lève. On y projette nos prochaines vacances. Celles de l'été qui vient. Et nous déjà, juste une année sous ce toit. Petite maison, merci. Je m'en vais de ce pas, prenant au serviteur de Mamie Germaine le tisonnier, remuer un peu la grande bûche qui te chauffe avec nous.

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