La maison est en effervescence. Le temps est à la conquête, au courage, au dépassement de soi. Heure de repos, de sérieux, de concentration. Ce soir la France affronte le Danemark pour la finale de l'Euro de handball. Tout le monde ici se prépare pour la confrontation. Thomas colorie des affiches. On prépare les drapeaux. Et le canapé bien en face de la télévision, on prévient Anne, par esprit de pure compassion, afin qu'elle ait le temps de se préparer psychologiquement, que la détresse ne soit pas trop grande, devant la défaite annoncée, devant l'adresse et la puissance des joueurs français, devant l'humiliation que va connaître l'équipe danoise... Elle dit avec une petite voix et un demi sourire "Vous êtes pas gentils..." Comme s'il était temps d'être gentil à quelques heures de la confrontation qui va confirmer la suprématie immense et définitive des irréductibles sur les vikings. Comme s'il était possible d'envisager une autre issue que celle qui verra le petit royaume d'Andersen réduit à ce confetti cerné par les vents et soufflant dans l'hiver sur la dernière petite allumette. Thomas arrive en bleu blanc rouge. Sa mère le coiffe d'un bandeau rouge et lui met un drapeau danois dans la main. Je lui accroche un écriteau Allez la France ! autour du cou. Elle lui apprend à chanter Kom sa Denmark ! Kom sa Denmark ! Je reprends en chœur Allez les bleus ! Allez les bleus ! Elle se verse une bière, une Carlsberg. J'ouvre ma Kronembourg ! Ça commence ! On est prêt ! On-va-ga-gner-on-va-ga-gner-!...