Elle travaille à La Poste et, jusqu'à ces dernières semaines, avait toujours refusé de prendre les tracts syndicaux qui lui étaient tendus. Pourtant cette fois, elle a rejoint la lutte avec les autres, partie, pense-t-elle, pour deux jours de grève tout au plus. Une semaine plus tard, devant une direction qui ne lâche rien, plusieurs de ses collègues parlent de reprendre le travail. Ils disent la peur du chômage. Ils disent les crédits à payer. Elle vit seule avec ses deux enfants. Elle dit : "Il est hors de question d'arrêter maintenant !" Elle dit : "Je sais pourquoi nous nous battons. Depuis une semaine, mes enfants n'ont rien mangé d'autre que des pâtes. Mais depuis une semaine, eux et moi nous savons pourquoi. Je continue !"
On lit page cinq dans le journal que les quatre-vingt-cinq les plus fortunés au monde détiennent à eux seuls la même richesse que la moitié de la population mondiale.
Je montre à Thomas comment faire un avion en pliant du papier. On a collé ensemble une feuille de journal et un tract du syndicat SUD. On s'est bien appliqué pour les ailes, et on a même fait un petit pli sur l'arrière pour qu'il prenne de la hauteur. Notre avion est joli. Thomas dit qu'il va le lancer de toutes ses forces. Je voudrais lui dire de viser l'un des quatre-vingt-cinq. Mais l'avion est parti déjà par-dessus le mur des voisins.