Soleil de mai. Du premier. Avec le vent qui s'amuse entre les drapeaux et les cheveux en boucles de mon petit bonhomme. A l'angle d'une banque notariale, d'une chorale bigarrée résonne un chant entre les pancartes syndicales. Tout au fond, je reconnais un grand chevelu qui porte des lunettes fumées. Sa voix s'accompagne de celui juste devant, plus petit et plus vieux, dans une salopette bleue et une chemise rayée. Un peu plus loin, elle a une voix ronde et forte, et ses longs cheveux noirs s'amusent de ses pendants créoles. Tout contre elle, une casquette de travail surmonte un gilet gris, un visage fripé, et de grands yeux bleus qui sourient davantage à chaque couplet. Puis elle encore, d'une voix presque frêle, une chevelure blonde tombant à ses épaules, une veste rouge, et un brin de muguet dans ses cheveux bouclés. Leur voix résonne, jusque dans mon ventre. Devant eux, le chef de choeur n'a ni veste ni baguette. Et ils reprennent encore, ensemble, comme je sens le sol plus solide à mes pieds, l'appel de la lutte et de la liberté.