On a quitté Tallard. Quitté les neiges des Ecrins, les repas aux tourtons, les bonnets et les mouffles accrochés le soir près du radiateur, quitté les chocolats chauds du matin, le journal sur la table de la cuisine, Mathilde et Thomas avec la boîte de Lego près du grand canapé qu'on a tourné un peu pour bloquer le passage vers les escaliers, pour garder Dorian près de nous, les cloches qui sonnent les heures, la falaise enneigée, les toits biscornus du village. On a quitté Tallard. Les petits ont dans la poche leur médaille. Ourson et première étoile. De quoi raconter pour des heures de récréation. Les tire-fesses, les grandes descentes, les gamelles, le gentil moniteur que même la maman regrette un peu, les sapins blancs de neige, le froid aux doigts et le goûter des sandwiches au beurre de cacahuète. On n'a pas le temps de penser à tout cela que déjà nous sommes à Aix en Provence. Thomas dit qu'il a l'impression qu'on est parti pendant longtemps longtemps longtemps. Mathilde est toute joyeuse et se plait à ranger ses petites affaires dans sa chambre. Dorian ne dit rien. Dorian sourit comme toujours il sourit.
On entame le ballet des machines à laver. La brosse et le savon pour les après-skis, ranger les valises, étendre les combinaisons, les bonnets et toute notre collection de gants d'hiver. On se dit qu'on n'aurait pas pu là-bas passer meilleure semaine. On s'embrasse en regardant les médailles. On se dit que finalement, l'hiver, quand même c'est bien. On se prend tous dans les bras pour un calin de famille. Dorian ne dit rien. Il sourit comme toujours il sourit.