- Combien de textes pourrais-tu écrire sur moi ?
- Je ne sais pas. Quatre-vingts...
- Vas-y !
- ...
- Alors ?
- "Pour toi, quatre-vingts chevaux fougueux on franchi les murailles, galopant sur les lices, sautant par dessus les haies et les gardes d'armure jusqu'aux rues les plus étroites, d'un tonnerre de sabots, de hennissements, dans la ville incendiée de désir, échine pliée, palefrois cabrés, tourelles et donjons, pour toi, princesse emmurée aux remparts de citadelles sans volaille à manger, ils viennent piétiner les pavés et les herses, et t'emmener, cheveux défaits, par dessus les vents, les collines, et les ciels oubliés."
- T'en fais pas un peu trop là ?
- Attends, c'est que le premier.
- ...
- Et me peindre ? Tu pourrais me peindre, encore et encore, de manières quatre-vingts fois différentes ?
- Cézanne a essayé avec sa femme.
- Et alors ?
- Très vite, il s'est tourné vers les natures mortes. Des cruches en particulier.