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Ils entrent par deux. Souvent plus âgés que nous. Thomas les regarde de loin, assis sur le tapis de sa chambre à écouter une fable de loup et de maigres cabris. On les accompagne vers  le séjour, en disant qu'il y a beaucoup de lumière. Des voisins charmants. On dit que la salle de bain n'est pas à la dernière mode, mais que le dressing est bien pratique. Ils regardent l'orientation de la terrasse, demandent si nous laisserons l'électroménager et à combien s'élèvent les taxes de toutes sortes qui vont avec ce genre de bien. Mais ils ne demandent rien sur la lumière tendre de l'applique qui éclaire ta page et la pile des dictionnaires danois posés au bureau, rien sur les rayons de soleil qui par dessus la colline du Lunaret viennent le matin surprendre nos corps sous les draps. Ils ne demandent pas les parties de cache-cache avec Thomas recroquevillé sous la rangée des cintres et des costumes, Mathilde sur la pointe des pieds dans le coin minuscule entre le mur et le frigo. Ils ne veulent pas connaître l'endroit près de la porte vitrée où l'on décore chaque année de guirlandes et de figurines scandinaves notre grand sapin. Ils ne demandent pas Korni le petit écureuil sur le pin d'en face, ni madame la Très Grande Pie qui jacasse parfois l'après-midi. Rien non plus sur ce grand circuit de train qui sortant d'une porte de la chambre des enfants et faisant le tour du couloir revient par une autre. Il ne demandent jamais la baignoire avec Tidoune et Titom qui jouent à préparer un thé pour la reine blanche, rien sur toutes les prises à obstruer lorsque Thomas n'avançait qu'en rampant, rien non plus sur le fauteuil de lecture près de la cheminée, sur toutes les bougies soufflées au son des anniversaires, Papy près de la porte-fenêtre et du radiateur, les cousines serrées à l'autre bout de la table. Ils n'ont pas demandé les matelas jetés sur le sol dans le séjour pour accueillir les amis du mois d'août, ni ce jour d'été à lessiver à la brosse le mur de la terrasse, et le plafond avec. Rien sur les heures à faire l'ourlet des rideaux ou me couper un doigt pour réparer le volet d'une chambre. Ils n'ont pas demandé la course aux paliers un sac de bonbons à la main en déguisement de sorcière, ni toutes les crêpes qu'on a pu lancer et presque toujours rattrapées. Rien sur les heures allongées au tapis du séjour pour regarder les frères Cohen ou Tarantino. Par contre, presque toujours, ils veulent voir le garage ou la cave. Demandent où est le tramway. Thomas les regarde encore. Et, comme ils annoncent un chiffre, au son de la petite radio le loup force la porte des cabris effrayés.

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