Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

181

Je marche dans ma rue, compte 207 pas. A cette heure où le soir tombe. Et où il n'est que moi pour arpenter le trottoir régulier. Lorsque je parviens à destination, je regarde ce qui m'entoure à la recherche semi-consciente des branches d'olivier de la rue de la Chênaie. Mais je ne trouve plus les petites feuilles de gris et d'argent. Je me dis qu'ici il n'y a rien. Que je m'y attendais. Un haut mur de clôture couvert de tuiles roses. Et une maison aux volets clos.

Le seul pour arrêter vraiment mon regard est un réverbère. Il hésite entre le charme des ferronneries anciennes et le dépouillement métallique du mobilier urbain des années 80. Ses vitres sont cassées et laissent apparaître l'ampoule nue. Je m'avance pour m'appuyer contre lui. Et reste là un instant, ma nuque appuyée au métal. Lorsque s'entend soudain, juste un peu plus loin dans la rue, une sorte de claquement dans le local minuscule qui sert d'abri au transformateur. Au même instant, mon réverbère s'allume.

Sa lumière fait d'abord un halo blanc, pâle et froid, que je regarde mieux en faisant quelques pas pour traverser la rue. Une sorte d'éclair sec se prolonge et coupe la première obscurité. Un paysage de glace, refroidi encore par le reflet laiteux qui se déverse vers moi  dans une indifférence crue. Je cherche quelque part à trouver une ombre plus douce, et c'est un pin majestueux que je découvre, lentement déployé à ma vue par un halo qui offre peu à peu une lumière plus chaude, le visage de mon père, et son sourire vers moi. Les premiers jaunes pâles se faufilent entre les aiguilles du pin formant une sorte de treillis entre moi et la nuit.  Elles disputent un vert profond aux contours noueux des branches hautes. Et retiennent moins qu'un souffle un bruit de route, voitures lancées au bitume, et le son familier d'une rocade avignonnaise, petit garçon accoudé au radiateur, le nez posé sur la vitre, et rien pour empêcher d'être heureux.

Je reste là un moment à regarder l'ampoule du vieux réverbère et son faisceau orangé qui embrasse la nuit et descend jusqu'à moi. Une lumière comme une couverture. Avec le son ouaté de la route en contrebas. 

Je ne compte pas les pas pour revenir vers la maison. Les enfants dorment depuis un moment et Anne a fait chauffer un thé. Un an plus tôt, je dormais plié sur le fauteuil électrique d'une petite chambre, celle de mes premières nuits, de l'île aux enfants, puis des matches de l'OM et de la coupe du monde.  Avec au travers des volets roulants, pointillés sur les murs d'une chambre Lavarin, les reflets jaune orange d'un vieux réverbère.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article