Depuis quelques jours, à ne plus rien faire d'autre, je suis peintre, matin, midi, soir, et même tout un bout de la nuit, un pinceau dans une main, un chiffon de l'autre, je mets du blanc au plafond, une sorte de beige sur les murs, rien d'autre, des heures durant, à ne plus boire un thé avec un coin de livre, à ne même plus prendre le temps d'alimenter cette page. J'étale sur ma toile géante, et me crois Cézanne, avec au plafond une Sainte Victoire couverte de neige, par temps de grand blizzard, à ne rien voir d'autre que le bout d'un pinceau, du blanc en tourbillon froid. Puis descendu de mon escabeau, une autre Sainte Victoire, panoramique à quatre faces, par un Sirocco porteur de sable, un matin de brume ou même de grand brouillard, peintre d'une seule couleur, ce que je suis, du matin au matin, pièce après pièce, toutes ces heures passées dans des chambres, et ne pas y dormir.