Il porte un pyjama blanc avec de petits chevaux bruns dessinés dessus. Ce matin tombant la tête vers son ventre, il découvre les motifs hippiques, poulains et destriers dessinés de coton. Contemplant sa bedaine comme une dernière merveille du monde, sa tête ainsi penchée, il laisse voir une nuque de cheveux longs et fins, d'un châtain clairsemé, troué même en un endroit sur lequel se passent ses heures de sommeil. Il reste là, à tacher de comprendre ce que font tous ses motifs dessinés sur lui et qui lui font une parure de léopard.
Lorsque ses yeux enfin se lèvent pour contempler autre chose que son pyjama, c'est pour chercher alentour un regard familier. Lorsqu'il me voit, moi, qui le regarde, tout son visage s'éclaire d'un sourire immense. Béat d'un plaisir sincère. De confiance en la vie. Par le seul fait d'exister, et d'être reconnu.
Puis sa maman passe à proximité. Et se trouve l'idée du métro qui démarre, de l'autobus que l'on rate, de ce vite très vite qu'il faut pour éviter de manquer l'occasion, celle d'une lampée de plus, d'un lait tiède et réconfortant, d'une minute à passer contre un sein. Alors oubliant tous les sourires de grand bonheur, et afin de bien signifier le désir d'attraper ce qui passe, il plonge la maison, le quartier, et la ville entière dans le vacarme pressant du bébé qui réclame et qui hurle. Aussitôt interrompu par la joie d'obtenir ce qu'il veut, mamelon et gazouillis, justes présents qui célèbrent quatre mois aujourd'hui.