Demain M. le Recteur vient au lycée. Un peu comme si nous recevions la visite d'un cardinal. Je le sais, bien que l'information soit confidentielle, le chef d'établissement craignant sans doute que, si la nouvelle s'ébruite, un comité d'accueil fait de banderoles et d'affiches syndicales attendent notre hôte dès son arrivée. Je le sais moi car, portant la cravate ce matin, j'ai conduit mon chef à conclure que je n'avais rien de l'âme d'un révolutionnaire. Et me voilà rendu au rôle d'agent double, malgré moi, malgré tant de kilomètres de manifestations, malgré toutes ces assemblées générales revendicatrices, malgré les chansons, les slogans gauchistes et toutes les heures passées à tenir la buvette syndicale. Je crayonne avec mes petits les solgans de la manifestation que je tiendrai seul demain au milieu du hall, réclamant un chef moins frileux, de jolies formatrices à la place de nos vieux inspecteurs, et des salles de cours plus petites pour être sûr de ne plus y voir entrer toutes ces classes surchargées. Je termine ma pancarte comme il se doit avec des points d'exclamation. Et cherche dans l'armoire pour demain une belle cravate rouge.