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Que s'est-il vraiment passé ? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'il m'attendait de pied ferme sans que je sache trop si le mot est approprié. Une véritable embuscade. Car je n'avais pas parcouru le premier kilomètre de mon entraînement du soir, course à pied dans la garrigue de Calas, que voilà un point au niveau des côtes qui se fait sentir. Et qui augmente à chaque foulée. A croire qu'un type me plante un couteau juste au niveau du foie. Je n'ai jamais de point de côté lorsque je cours. Et je poursuis dans le léger faux-plat, soufflant comme un buffle épuisé, terrassé davantage par chacune de mes prochaines foulées. Je ne comprends pas ce qui arrive. Moi qui d'habitude dispute les pentes de la colline de l'Arbois avec les jeunes lièvres et les petits lapins - j'en vois trois d'ailleurs qui sereins et immobiles me regardent passer suant et suffocant - je me sens aujourd'hui avec la même légèreté qu'une pierre tombée en bas du ravin. Je n'ai plus le moindre souffle. Et le type avec son couteau continue à le tourner dans tous les sens juste en dessous des côtes. Je songe à Philippidès parti de Marathon et mort en arrivant à Athènes. Je me dis que depuis que j'avance, que je me traîne exactement le long des chemins caillouteux qu'heureusement personne à cette heure n'emprunte, ce sont bien quatre ou cinq kilomètres qui déjà mesurent ma peine de plus en plus insupportable, au point de m'interroger si le retour est envisageable. Et comme si le souffle court et le point au côté n'était pas suffisant, voilà que le genou droit se met à flancher comme s'il recevait un caillou lancé à chaque nouvelle foulée. J'attends que ce soit le tour du second, mais la douleur s'accroche avec obstination au genou droit. Le type au couteau n'a rien lâché. C'est là qu'il se met à pleuvoir. La suite, comme dirait le poète, serait délectable, mais le souci que j'ai de ne pas heurter les âmes les plus sensibles me fait taire le calvaire que fut le retour jusqu'à la maison.

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