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Nous sommes en salle 110. Pour ce dernier conseil de classe, les collègues ont choisi de s'installer dans ce qu'ils appellent la salle de Patrick. Il y a sur des affiches quelques propriétés des droites parallèles et le rappel des formules de trigonométrie. On trouve également un exposé sur Euclide, un long article de presse sur la danse contemporaine et des texte écrits par des élèves suspendus à une corde à linge. Le fond de la salle se couvre d'un alphabet poétique. Ainsi que d'une enseigne, chaque lettre au format 10/18, pour y lire "Cabinet de curiosité". Il manque d'ailleurs le "sau dernier mot. Vincent n'a toujours pas réalisé sa lettre. On trouve également cet écriteau que j'ai plaqué à la porte près du tableau "Ici, c'est une classe, chacun est là pour apprendre, pour travailler. Entre nous on se soutient, on se respecte, on s'aide. S'il y a un problème, on en parle." Juste à côté s'étire le tableau de conversions des unités de longueur. Millimètre est écrit de la même taille que kilomètre. Et puis une pile de livres, cahiers d'exercices et annales contre le carton où s'entassent équerres et rapporteurs pour ceux qui ont oublié leurs affaires. 

Le conseil de classe avance entre les félicitations et les mises en garde. Travail qui manque de sincérité. - Des efforts importants malgré les difficultés. - Les absences nuisent aux résultats... Sur le coin du petit bureau où je suis installé, mon téléphone s'allume et se met à vibrer. J'observe la messagerie silencieuse se mettre en fonctionnement. J'entendrai plus tard les phrases d'un syndicaliste à l'accent méridional laissées au répondeur : "Je viens confirmer votre affectation dans le lycée international Georges Duby à Aix en Provence, l'un des deux lycées les plus prestigieux de toute l'académie, un poste royal M. Martinez." Au même moment devant moi, Aimad, délégué des élèves de la classe de 5ème1, apprend qu'il n'a pas travaillé, que le niveau n'est pas atteint, qu'il va doubler sa cinquième. Mon téléphone a fini de vibrer. Il s'éteint. Je regarde Aimad. Nous avons passé lui et moi des dizaines d'heures ensemble dans cette salle de classe, à parler de dénominateurs ou de vitesse de la lumière, des nombres relatifs, de la liberté que nous donne notre intelligence, de symétrie, de l'ombre de Thalès ou du génie d'Erathostène. Il est penché sur la feuille devant lui. Le conseil de classe continue. On parle d'autres noms, d'autres élèves. Chaque professeur donne son avis sur le dernier trimestre. Aimad reste plongé vers la table. Il a lâché son stylo. Il pleure.

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