Qu'on soit nouveau dans le quartier n'a pas été pour le gêner. Il vient nous voir presque chaque jour, plutôt en fin d'après-midi. Les enfants regardent sa longue moustache et ses grands yeux verts. Le plus souvent, il s'assoit sur la terrasse, juste pour passer un moment près de nous, nous écouter raconter les feuilles des platanes qui s'amoncellent dans la cour ou la prochaine flûte traversière de Mathilde. A nos questions, il ne répond jamais, d'où vient-il, habite-t-il le quartier depuis longtemps, mais ce n'est pas ce qui compte. Plutôt le sourire des petits en le voyant arriver. Comme il ne dit rien, on lui a choisi un nom. Emile. Qui a l'air de lui plaire. Puis il disparaît, sans vraiment que l'on s'en rende compte, ou alors subrepticement. Il nous laisse alors le temps de le regarder s'éloigner, se faufilant entre les barreaux de la grille, dans son pelage blanc et noir.