Le cartable est mauve et minuscule. Un goûter rangé dans une boite en plastique, un doudou orange baptisé Jesper à la hâte, un paquet de mouchoirs en papier et aussi une tenue de rechange dans un sac en plastique. Tout cela ne pèserait pas bien lourd s'il n'y avait dans le petit sac à dos mauve toutes nos recommandations sur la manière de lever le doigt et de se tenir en rang, l'alphabet récité le matin même et les nombres jusqu'à vingt-neuf, l'assiette à finir à la cantine, le verre d'eau à boire, et la compote à demander d'être ouverte, la petite photo soigneusement rangée, les prières pour qu'il n'y ait pas de pipi, et l'espoir de croiser une grande soeur à la cantine. On a mis aussi tous nos souvenirs de notre première école, une grande valise de cahiers à colorier sans presque dépasser, des explications sur ce que c'est qu'un matin, et puis une après-midi, tous les s'il vous plaît, tous les mercis, les sois sage, les écoute bien. On a mis un presque rien d'émotion de voir grandi ce bébé d'à peine trois kilos qui s'endormait à cheval sur mon avant-bras, tout ça sur un bermuda à rayure et une chemise assortie et bien repassée. Le couloir n'était que larmes. Quelques-unes te sont revenues. Avec nos baisers pour les sécher. Et puis bien vite tu t'en vas. Tu te faufiles entre les géants qui poussent leurs enfants par l'embrasure d'une porte muraille. Un puzzle sur une petite table. Une forme de camion, une autre en tracteur. Sur les couleurs rouges et jaunes de petits véhicules, l'école commence pour toi.