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Ils attendent en groupe le long du couloir. Représentent bien plus qu'une foule, de fleurs dans les cheveux et chemises repassées. Ici les élèves portent la cravate. Les filles des jupes plissées. Longs cheveux défaits, et quelques modes gothiques derrière une mèche qui arrive jusqu'en bas du visage. Ils veulent être aviateurs ou vétérinaires, directeurs des ventes, journalistes, paléontologues. A eux on parle de mention, de voix d'excellence, de séjours à Melbourne, de premier prix de traduction. Lorsque je commence mon cours, certains le connaissent déjà. Heureusement le petit x est revêche, et ma présence ne sert pas tout à fait à rien. On leur a dit que leur carrière professionnelle se jouait ici. Que ceux qui avaient échoué "faisaient aujourd'hui de la musique". Qu'on attendait le meilleur de chacun d'entre eux, pour un taux de réussite au baccalauréat toujours meilleur. Moi je n'avais qu'une craie. Même pas entière. Et jaune. Elle a tenu jusqu'au bout de la journée. Est passée entre quantité de mains. On a suivi son chemin. On était une centaine. Elle a dit des polynômes, quelques pourcentages, et les premières fonctions. Elle a trouvé une porte fermée, démasqué un mensonge imaginaire, continué par une équation, et nous a dit quelque chose de plus. Un carré noir sur fond blanc. Elle a raconté Malevitch. Deviné Kandinsky. Elle a dit Mondrian. Porte entrebâillée. Par un bout de craie. Lorsque la sonnerie est venue, le couloir n'était plus vraiment le même, moi rendu seul. Avec ce bout de craie jaune comme un caillou minuscule, fossile où sont gravées, si l'on regarde bien, un portrait enchevêtré et les douze années d'un collège cité.

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